Chapitre 8

Madagascar

2e partie : 1950-1951

Un retour à Madagascar n’était possible qu’avec l’accord de Mariange, mon épouse. Il nous fallait décider ensemble et vite. Retourner là-bas où la vie était loin d’être désagréable et le travail rémunéré par un salaire conséquent. Ou bien repartir à zéro en France, naviguer à nouveau comme matelot à Lorient-Keroman et attendre d’obtenir éventuellement plus tard un commandement. Mes beaux-parents, mon beau-père surtout, ancien patron de chalutier lui-même, auraient préféré cette formule. Moi, par contre, je préférais la première, ayant gardé de mon premier séjour à Madagascar, et de l’expérience professionnelle que j’avais vécue, un excellent souvenir.

Mariange, elle, était un peu plus partagée. Il y avait le problème des enfants. Si Maurice n’avait que deux ans, Lucien, qui venait de fêter son sixième anniversaire,  était entré à l’école primaire Saint-Tudy où la cousine germaine de mon épouse, Mauricette Tristant, lui apprenait à lire et à écrire. J’étais fier de mes enfants toujours bien habillés par leur maman. C’était, je crois, à cette époque, où le séjour à Madagascar m’avait tant marqué, que je m’étais véritablement senti devenir un homme.

J’avais des nouvelles de Tuléar. Le délai d’acheminement du vilebrequin était plus long que prévu. Le bateau avait été mis au sec à Soalara, le moteur entièrement démonté et Vayssière patientait, tuant le temps comme il pouvait. Entre deux sorties avec la vedette, il flirtait toujours avec Suzy, la fille des propriétaires du petit café restaurant de Soalara  qui allait finir par lui mettre le grappin dessus et l’amener au mariage. La vie est bien souvent différente de ce que l’on voudrait qu’elle soit. Vayssière, qui était un excellent garçon, un peu plus jeune que moi, un excellent professionnel, rêvait de mettre de côté suffisamment d’argent pour acheter deux camions et monter sa propre entreprise de Transport à Merdrignac, à côté de Bordeaux, dont il était originaire

Lorsque je repense à cette époque de ma vie, et surtout à cette expérience malgache, je dois reconnaître que beaucoup de choses me marquèrent à vie. Si quelques années plus tard, de nombreux patrons et armateurs de pêche français prirent la route du sud, en particulier pour la côte ouest de l’Afrique ( ce que je ferais moi-même aussi), en 1949, il n’était pas courant qu’un patron de pêche s’exile aussi loin des côtes bretonnes pour exercer son métier. Je me souviens de certains commentaires à Groix, dans ma famille d’abord et parmi mes camarades ensuite. Mais qu’est-ce qu’il va y faire si loin ? Quel besoin a-t-il de s’exiler ainsi ? C’est pas un pays sûr, ça. Colonie française à cette époque, la grande île venait de vivre la grave révolte  de 1947 qui avait éclaté dans l’est du pays, aux environs de Tamatave, et qui avait failli s’étendre aux autres régions, avant qu’elle ne soit réprimée dans le sang par les Tirailleurs sénégalais et marocains. On parlait de milliers de morts.

Je dois dire que ce premier contact avec l’Afrique – même si Madagascar ce n’était pas tout à fait l’Afrique, du moins celle de la plupart de ses pays continentaux- fut pour moi, non seulement une découverte extraordinaire, au niveau du pays lui-même, que j’eus l’occasion ensuite de parcourir, presque entièrement, mais aussi de ses habitants, en particulier  ceux que j’ai côtoyés et avec lesquels j’ai travaillé durant ces deux années,  les Vezos, ces marins nés, courageux et travailleurs. Comme dans tous les pays coloniaux, ils étaient aussi exploités et dès le début, je m’insurgeai déjà contre le fait qu’ils étaient mal payés. J’essayai par la suite, étant donné les conditions particulières de travail qui leur étaient imposées, qu’ils soient un peu plus considérés ; ce qui fut fait.

Lors de mon retour à Groix, à la fin de 1949, les commentaires, parfois ironiques qui avaient circulé lors de mon départ, se modifièrent, dès que je pus raconter ce qu’était et ce que pouvait être la vie et le travail dans un pays africain, et  surtout dans cette grande île  de Madagascar qui était un continent à elle seule.  Il y avait le beau temps, le soleil, le boulot agréable, les amis, une population malgache charmante ( même si l’ethnie Mérina était un peu plus orgueilleuse que les autres peuples), une vie à des milliers de kilomètres lumière de celle que pouvaient connaître en Bretagne, et en métropole, tous les hommes  embarqués à la pêche. C’est vraiment et sincèrement ce que je ressentais.

Les fêtes de fin d’année passées, au début de 1950 arriva, l’obligation de prendre une décision devenait impérative. Repartir. Rester.  Dans ma tête, je crois qu’elle était prise. Le seul problème concernait nos deux enfants. C’était difficile d’interrompre la scolarité de Lucien en plein milieu d’année alors qu’il venait de rentrer en 11e comme on appelait à l’époque le Cours Préparatoire. Nous décidâmes de le laisser à Groix à la garde de mes beaux-parents, ce qui bien sûr enchantait ces derniers. Maurice viendrait avec nous. La décision prise, nous retardâmes notre départ afin d’assister à deux événements familieux : la petite communion de notre fils Lucien qui eut lieu le 6 avril et le mariage de la sœur de mon épouse Jeanne avec Timothée Quéré, célébré le 26 avril. J’étais le témoin choisi par ma nouvelle belle-soeur. Notre départ eut lieu quelques jours après cette union qui fut la dernière grande fête familiale à laquelle participèrent tous les oncles de mon épouse et de sa sœur, Pierre, Alexandre et Jean Michel, en compagnie de leurs enfants, la soeur de ma belle-mère Rose et son mari Maurice Tristant et  avec leurs quatre enfants : Jojo, Mimie, Mauricette et Maurice. Mon beau-père, bien que gravement malade, était heureux qui ne se doutait pas qu’il ne lui restait plus qu’une année à vivre.

Mariange ne voulait pas entendre parler de l’avion. Il fallut donc envisager un départ en bateau. La Rochefortaise était aussi actionnaire de la Compagnie Havraise Péninsulaire, compagnie qui desservait les îles Mascareignes et Madagascar. Fondée en 1882 par l’armateur havrais Grosos, elle s’était rebaptisée en 1934 sous le nom de Nouvelle Compagnie Havraise Péninsulaire. La compagnie avait justement à ce moment-là, en partance de Marseille pour l’Océan Indien,  un cargo mixte, flambant neuf, qui sortait du chantier. C’était le voyage inaugural de Ville de Tamatave, le 3e du nom, construit aux Chantiers de la Seine Maritime du Trait.  Le navire, qui  était confortable à défaut d’être très stable, possédait 12 cabines passagers et pouvait donc embarquer 30 passagers. Pour cette première traversée, le cargo avait fait d’ailleurs le plein et nous fûmes, mon épouse et moi, installés dans une cabine luxueuse. C’était un privilège de pouvoir faire ce voyage d’inauguration, sous les ordres du commandant Thomas, qui était de l’île aux Moines, et avec un équipage où les marins Bretons étaient en majorité. Cette croisière, c’en fut dans nos esprits, resta pour Mariange et moi inoubliable,.

Ce n’était pas sans déchirement que nous avions laissé Lucien à Groix, Mariange surtout le regrettait qui répétait souvent, combien, à six ans, il aurait été heureux de faire ce voyage avec nous. Nous fîmes une traversée superbe. J’avais beau être marin, et avoir déjà bourlingué, je ne connaissais ni la navigation de commerce, ni ce genre de bateau, même si j’avais eu l’occasion de voir quelques vieux cargos à Tuléar. Je passais de longues heures à la passerelle et me familiarisais avec les nouveaux instruments de navigation, en particulier le radar qui avait fait véritablement son apparition deux ou trois ans auparavant.

La traversée se passa dans d’excellentes conditions et comble de chance, comme nous avions embarqué à Marseille des chevaux pour l’île Maurice, il fallait que nous y escalions avant de rallier Madagascar. Les chevaux étaient dans des boxes sur le pont arrière et supportaient bien le voyage. La Ville de Tamatave était déjà un bateau rapide pour l’époque qui marchait entre 17 et18 nœuds. Nous avons dû mettre trois semaines pour rejoindre l’île Maurice, débarquer nos chevaux et revenir au mouillage pour attendre notre tour de déchargement.  Il n’y avait presque pas de place à quai où  pouvait s’amarrer un seul bateau. De ce fait, nous sommes restés huit jours à l’île Maurice, qui portait autrefois le nom de l’île de France et où, comme l’a découvert mon fils Lucien dans ses recherches sur l’histoire de notre famille, un certain Nicolas Le Gouzron, descendant d’un de mes ancêtres de Groix, était venu s’installer avec femme et enfants, avant de s’exiler à l’île Bourbon, aujourd’hui, la Réunion. A l’époque de notre escale mauricienne, j’ignorais tout de cela. Nos huit jours à Maurice furent bien remplis, entre la visite de la ville de Port-Louis, ses vieilles maisons coloniales à varangues, son marché exubérant, la découverte du jardin de Pamplemousse, la petite cité de Curepipe, et un tour de l’île inoubliable. Lorsque j’écris ces lignes, mes enfants et petits-enfants, Lucien, Charlotte, Eric, Manu et Nolwen, viennent de faire un voyage à l’île Maurice, quarante ans après nous. Eux, il ne leur a fallu qu’une douzaine d’heures pour y aller en avion alors que pour nous ce fut 3 semaines de mer.

Après Port-Louis, nous avons fait route sur Majunga avec une escale à Diégo Suarez, ce qui nous permit d’admirer cette magnifique baie que j’aurai le plaisir de parcourir 15  ans plus tard. Notre voyage tirait à sa fin, et après un mois et demi à bord de Ville de Tamatave, nous débarquâmes à Majunga. Nous avons quitté ce magnifique bateau avec regret et son équipage ainsi que les passagers avec qui nous avions sympathisés et qui tous regagnaient la capitale  Tananarive.

De Majunga pour rejoindre Tana, il n’y avait que deux possibilités : la route ou l’avion. Deux jours ou deux heures. Mariange ne voulait toujours pas entendre parler de l’avion. Nous prîmes donc le car. Enfin le car, façon de parler. Chaleur torride. Moteur poussif. Pannes. Route défoncée, précipices d’un côté, ravins de l’autre. Le soir, nos avons couchés dans une espèce de gîte d’étape,  où les moustiques se sont donné à coeur joie. Nous sommes arrivés le lendemain à Tana dans un état. Je ne vous dis pas. Nous étions complètement épuisés. Mariange surtout. Momo, lui, ne se rendait pas compte.  En débarquant du car, on aurait cru des peaux-rouges, le visage couvert de poussière de latérite.

Nous avons passé deux ou trois jours à Tana, le temps de faire visiter la ville à Mariange et Maurice en pousse-pousse, de voir le zumo, le magnifique marché aux fleurs. Pour rejoindre Tuléar et Soalara, nous n’avions encore pas d’autre choix que l’avion ou la route. Cette fois Mariange, échaudée par l’expérience du premier voyage Majunga-Tana, choisit l’avion,  qu’elle allait prendre pour la première fois. C’était toujours le vieux junker que l’année précédente j’avais emprunté et dont le confort était aussi précaire. Le voyage dura à peu près deux heures,  avec escale à Antsirabé. A Tuléar, nous attendait toute l’équipe de la Rochefortaise, venue de Soalara nous accueillir. Le directeur, dont je n’arrive plus à retrouver le nom, son épouse malgache, une Hova magnifique. Il y avait aussi  Nouet, Egros et bien sûr Vayssière. Après une nuit à l’hôtel de Tuléar, nous sommes partis à Soalara avec la jeep. Mariange  béate d’admiration,  contemplait les paysages, n’en revenant pas de la chaleur d’un généreux soleil, qui la faisait quand même un peu souffrir. Maurice, lui, avait l’air de bien la supporter. Nous retrouvions la même case que j’occupais quelques mois auparavant. Mais  l’équipe,  toute attentionnée à notre égard, avait eu la gentillesse et la délicatesse  de le mieux meubler.

Le Kiberoen était quasiment prêt. Nous avons repris la mer après trois ou quatre jours après notre arrivée. Quelque temps plus tard, la Rochefortaise me demanda d’assurer le transport de boîtes de conserve, il s’agissait de corned-beef,  entre plusieurs usines de la société. De celle de Tuléar, où nous embarquions les boîtes pleines, nous devions rejoindre Tamatave où elles étaient expédiées vers la France. Nous revenions vers Tuléar avec des boîtes vides ( en caisses bien sûr). Nous accomplissions la même tâche du côté ouest entre Tuléar et Fort Dauphin et vers le nord avec Majunga. Nous avons fait ce trafic pendant plusieurs mois, ce qui ne nous empêchait pas de continuer à faire la pêche à la traîne. Quelquefois le Kiberoen était lourdement chargé, mais en général j’évitais de naviguer de nuit ou alors pas très longtemps. Toute la côte malgache est parsemée de baies et il était facile de s’y abriter. Mariange et Maurice firent quelques voyages à bord malgré l’inconfort de l’hébergement, mais la navigation était tellement agréable que les conditions déplorables d’une vie familiale à bord passaient au second plan.

C’est au cours d’un de ces voyages, lors d’une escale à Morandave, sur la côte ouest, que nous sommes tombés amoureux de cette petite bourgade. Nous avons trouvé une maison à louer dans laquelle j’installai Mariange et Maurice, en les recommandant à des amis dont nous avions  fait connaissance lors du voyage sur la Ville de Tamatave.  Il  existe de nombreuses photos des souvenirs de ces jours heureux à Morondave lorsque je les retrouvais.

C’est au mois de février – en tout cas au tout  début de l’année 1951- que je connus un problème sérieux. J’avais été blessé à la jambe droite par le rostre denté d’un requin scie pris dans le chalut. C’était devant Morandave. En secouant le chalut, le requin s’était débattu et avait accroché ma jambe. J’avais fait un pansement sommaire mai,  quelques jours après, ma jambe se mit à enfler ;  je ne pouvais plus la bouger. A Morandave, il n’y avait que des soins rudimentaires et le toubib de la ville me recommanda d’aller me faire soigner à Tana. Nous prîmes l’avion, Maurice, Mariange et moi,  et comme il fallait faire naviguer le Kiberoen, la Rochefortaise confia le commandement à un vieux capitaine de la Marine Marchande que je connaissais bien, Charles Salpin. Né à Camlez, à une quinzaine de kilomètres de Tréguier dans les Côtes d’Armor en 1889, titulaire du brevet de capitaine au long cours, il s’était marié en France en 1921 à Marie Louise Mauduit. Commandant à La Havraise,je ne sais pourquoi il avait choisi de se retirer à Tuléar où il assuma les fonctions de capitaine de port. Il s’était marié le 8 mai 1951 à une malgache du nom de Zafiely à qui il avait fait 7 ou 8 enfants. Il n’est pas certain d’ailleurs qu’ils étaient tous de lui. Lors de nos escales à Tuléar, le père Salpin, qui faisait la pêche sur le quai, aimait bien venir bavarder avec nous. Il y avait comme ça, et nous en rencontrions dans tous les ports, de vieux français qui avaient préféré finir leurs jours dans le pays plutôt que de rentrer en France. On disait d’eux qu’ils avaient été fanafoutés, c’est-à-dire qu’on leur avait fait boire des boissons extraites de plantes qui les avaient envoûtés. C’était peut-être vrai, aussi il était tout aussi vrai que ces gens là, qui  avaient de bonnes retraites, c’était en majorité des fonctionnaires,  étaient des aubaines pour les ramatous du pays qui savaient y faire en matière d’envoûtement charnel. Salpin est mort à Tuléar en 1971

A peine quinze jours après mon hospitalisation à Tana, alors que j’étais presque guéri, nous apprîmes que le Kiberoen, qui se trouvait à Fort Dauphin, s’était mis à la côte,  que le bateau était en mauvais état mais que l’équipage était sain et sauf. Je proposai à la direction de me rendre à Fort Dauphin,  mais le médecin ne m’y autorisa pas, ma jambe n’était pas encore suffisamment bien guérie. Ce qui était vrai. Quelques jours plus tard, j’appris que le Kiberoen était complètement perdu. Il avait dérapé sur son ancre pendant la nuit, par mauvais temps et personne ne s’en était rendu compte. Ne sachant pas quelle décision prendre, la Rochefortaise décida de nous rapatrier, ce qui au fond n’était pas pour déplaire à Mariange qui avait quand même hâte de revoir Lucien, ses parents et la France, même si elle se trouvait bien à Madagascar.  Après mon séjour à l’hôpital, la Rochefortaise mit un  de ses appartements à notre disposition. Nous y passions un mois de vacances qu’apprécia Mariange qui n’avait à se préoccuper ni des courses ni des repas. On venait nous envoyer à manger à domcile.

Mariange appréhendait un retour en France par avion. Il y avait à ce moment-là à Tamatave un paquebot des Messageries en départ pour la France, Ville de Strasbourg.C’était un cargo mixte construit dans le cadre de l’accord signé entre la France et la Grande-Bretagne en novembre 1918 avec trois sister-ships pour la Nouvelle Compagnie Havraise Péninsulaire (Ville d’Amiens, Ville de Metz, Ville de Verdun). Mis en service le 28 octobre 1920 et francisé le 8 octobre 1921, il assura la ligne de l’Océan Indien au départ du Havre. En 1924 affrété coque nue pour 4 ans avec Ville de Verdun et Ville d’Amiens par les Services Contractuels des Messageries Maritimes pour la ligne d’Australie par Suez, il est  modifié en paquebot mixte par l’adjonction d’un pont-promenade. Les Messageries l’acquièreront définitivement en 1928. En 1930, il  passe sur la ligne Nouvelle Calédonie par Panama et en 1940, il assure la liaison entre Marseille, Madagascar et l’Indochine. Arraisonné le 2 mars 1941 par 26°30’ sud et 47°10’ est dans le sud de Fort Dauphin par le croiseur britannique Shropshire, il est conduit à Durban, saisi et donné en gérance à l’Union Castle Mail pour le compte du Ministry of War Transport. Armé d’abord par un équipage britannique, il reçoit ensuite un équipage des Forces Navales Françaises Libres. Le 7 janvier 1943, torpillé par 37°04’ nord et 04°06’ est au large de Bougie par le sous-marin allemand U 371, il réussit à ne pas sombrer. Remorqué à Alger où il reçoit une bombe sur le gaillard au cours d’un bombardement aérien, il est remis en état et restitué à la France le 15 avril 1945. Le 10 septembre 1945, il quitte Marseille avec le premier contingent de troupes françaises, la 2° DB commandée par le Général Leclerc, pour Saïgon. Il effectue ensuite des voyages sur Madagascar et la Nouvelle Calédonie. Ce sera l’un de ses derniers voyages en tant que cargo mixte que nous ferons pour revenir de Madagascar en mars 1951 car il sera ensuite transformé en cargo pur avant d’être désarmé en septembre 1952  et envoyé à la démolition en Ecosse.

Une cabine de 1e classe nous y avait été retenue et nous avons rejoint Tamatave par avion au début du mois de février. Ma jambe était presque entièrement guérie.  En embarquant à bord de Ville de Strasbourg, je fus très étonné quelques minutes après nous y être installés, de voir un maître d’hôtel me demandant d’aller voir le commandant. Ce que je fis. Je le connaissais, l’ayant vu sur un cargo l’année précédente à Tuléar. Je fus encore plus étonné lorsqu’il me demanda si je ne voulais pas remplacer pendant le voyage retour un lieutenant tombé malade. Après avoir consulté Mariange, j’acceptai. Si la Ville de Strasbourg était un ancien paquebot, sa passerelle était bien équipée. Radar, gyrocompas. Je m’étais familiarisé avec ces instruments de navigation l’année précédente sur la Ville de Tamatave. La traversée se passa bien - nous mangions au carré 1ere classe qui était aussi celui de l’etat-major où les repas étaient splendides et copieux comme en témoigne ce menu de dîner que j’ai conservé en date du 18 février 1951-  et, en plus à l’arrivée à Marseille, je reçus un salaire. Que demander de plus ? Nous prîmes le train pour Lorient et retrouvâmes avec joie Groix, le Bureau de tabacs, mes beaux parents et surtout Lucien. Ma belle sœur Jeanne était enceinte. Mon beau-frère Thimothé naviguait à la pêche

L’aventure malgache, dont la page se tournait, allait laisser chez moi, ainsi que chez mon mon épouse, une empreinte à jamais ineffaçable dans nos vies.

 

 
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