Le président et les Bretons

Notre président aurait-il un problème avec les Bretons? Ses sectateurs diront que non, ses détracteurs sûrement qui rappelleront les propos rapportés par Yasmina Reza alors qu’il visite le Cross de Plouarzel : Je me fous des Bretons. Je vais être au milieu de dix connards en train de regarder une carte. Comptait-il les dix connards parmi ceux qui l’accompagnaient ou plutôt chez les employés du centre qui se vouent avec zèle et exemplarité 24 heures sur 24 à la sécurité des marins?
Au Guilvinec, apostrophé par un marin sur son augmentation de salaire, je vous l’accorde d’une façon assez injurieuse, il répond en le tutoyant. De vous à moi, n’aurait-il pas été souhaitable d’initier notre président aux subtilités linguistiques de Bretagne, chez les Bigoudens, par exemple, où le vouvoiement est de rigueur - Per Jakez Hélias vouvoyait ses parents. Il ne manque pas de Bretons dans l’entourage de notre président pour l’entretenir de nos us, coutumes et particularismes et lui rappeler que notre poète Guillevic interpellant le marin breton écrivait : Il y a des milliers d’années que les menhirs te tiennent tête… Si en Français, le sens premier du vous est pluriel, il semble qu’au XIème siècle, il devienne, en remplacement du tu, dans certaines situations, expression du respect. Sire, si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le phénix….
Mais le marin, breton ou non, n’est pas laudateur qui a le tutoiement facile. Non par irrespect mais de nature. Qu’il en soit ainsi dans la plus haute sphère de l’état ne l’avait jamais été jusqu’alors. Il y a des expressions, du style « Tu l’as dit bouffi » qui ne supportent pas le vouvoiement. Alors qu’un manifestant au Guilvinec venait de lui dire qu’en Bretagne, à propos du soleil qu’il nous apportait, il ne pleut que sur les cons, le président rétorqua qu’il devait y pleuvoir souvent. Je connais beaucoup de Bretons qui lui auraient répondu sûrement, du tac au tac mais avec politesse : la pluie, monsieur le Président, ne nous gêne pas autant que ceux qui par exemple viennent nous rendre visite. Enfin tout va finir par s’arranger puisque, invité à venir tenir un conseil des ministres en Bretagne par notre président de région à nous, nous leur conseillons de le tenir à Lorient où on dit que lorsque ça sent le poisson de Keroman, il n’ va pas tarder à pleuvoir…

Publié le 30 décembre 2007

 

 
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