Le bio, alimentation de riches

Alors que se tiennent un peu partout des foires du bio que certaines grandes surfaces proposent même des rayons bio, le slogan « Mangez des fruits et légumes, régulièrement, c’est bon pour la santé » est une provocation à l’égard de tous ceux et celles qui ne peuvent pas toujours s’en payer comme ils veulent. Car manger des légumes et des fruits, d’accord à condition qu’ils soient bons, c’est-à-dire juteux, sapides, parce que nourris seulement de terre, de soleil et d’eau. Mais, voilà, la plupart du temps, légumes et fruits sont bourrés de pesticides, d’engrais chimiques, de produits désherbants. Ah! ils ont belle gueule sur les étals, avec leurs allures propres, nettes, calibrées, standardisées, mais on sait que ce n’est pas l’habit qui fait le moine. Et que les produits bios, qui eux souvent ont des mines patibulaires, ne sont pas à portée de toutes les bourses.
Autrefois les pauvres mangeaient bio. Enfin quand ils avaient de quoi manger. Lorsque la nourriture était entièrement produite d’une façon naturelle, même les déchets et les détritus étaient bios. Doit-on regretter un âge d’or de l’alimentation saine ? Quel intérêt de manger bio aujourd’hui. Si j’essaie de manger au maximum bio, ce n’est pas par crainte d’une de ces vacheries de maladies qui cliniquement me feraient des trous dans le cerveau, mais tout simplement parce que c’est meilleur, nettement meilleur. Tout le monde devrait avoir le droit de manger bio. Comme pour la santé, l’éducation, l’alimentation devrait aussi être égalitaire. Mais les prix du bio s’envolent à la même vitesse que ceux de l’essence qui est indispensable à la production de la chimie nécessaire à l’agriculture productiviste. Aujourd’hui, le prolo peine à se payer du bio.
Pourtant le bio, normalement, ça devrait être moins cher puisque culture et élevage soucieux du respect de la nature ne nécessitent aucun ajout de produit. Mais les producteurs militants affirment que cette agriculture-là est gourmande en temps. L’écologie serait donc un souci de riche. On peut être écolo et ne pas avoir les moyens de se payer du bio. Le contraire est aussi vrai. Quantité de gens plus qu’aisés qui mangent bio n’ont rien à cirer de l’écolo. À l’heure où le bio s’infiltre partout, où pas un jour ne s’écoule sans que l’on parle de biodynamie, biodégradable, biomasse, bioénergie, et j’en passe, je rêve toujours du morceau de lard d’antan, avec un millimètre de couenne et pas un pet de maigre, un bout de lard bien gras, qu’à simplement regarder dans l’assiette, on prend un gramme de cholestérol. Bio, bien sûr. Oui, le cholestérol puisque ce lard-là l’était…

Publié le 18 octobre 2007

 

 
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