Chapitre 6

L’Après-guerre
1945 - 1948

La guerre était finie. Il ne faudrait pas moins d’une décennie et demie pour que s’effacent jusqu’au dernier les douloureux stigmates de l’acharnement que l’aviation alliée mit à détruire la ville de Lorient au début de 1943 et des combats de la poche entre août 1944 et la libération. Mobilisé à Vannes, j’avais quand même des nouvelles de Groix. Mon père, mon frère Yvon et Ange Gouronc (dit Coter, le matelot qui navigua le plus avec mon père, on disait même qu’il avait usé le rôle à force de se retrouver dessus), étaient venus, quelques jours après que la poche de Lorient eut été libérée dans l’anse de Fantanigo, sur la rive droite du Blavet, commune de Lanester, récupérer l’Angélus du Soir qui reposait, à côté d’autres nombreux voiliers, sur la vase. Ils ont ramené le bateau tous les trois à Concarneau pour l’armer au chantier Krebs. L’armement achevé au début juin, ils sont revenus à Groix, et avec un équipage au complet, mon frère Yvon étant alors novice à bord, l’Angélus du soir est parti pour une campagne estivale de pêche au thon le 1e juillet 1945. Elle s’est achevée à la mi-octobre.

La pêche dans les premières années de l’après-guerre fut généreusement providentielle. À l’heure où l’on évoque régulièrement l’état des ressources, l’exemple donné par une pêche, tellement chaotique qu’elle en était inexistante dans les deux dernières années de guerre, montre combien une décision de laisser la mer au repos, un ou deux ans, permettrait de reconstituer très vite les stocks. C’est du moins la leçon que retirent de ce temps beaucoup de marins pêcheurs d’expérience.

A la fin de l’été 45, alors que je revenais de Vannes à Lorient pour poursuivre mon service militaire, Mariange et mon fils Lucien avaient regagné le bistrot tabacs du Bourg que tenaient mes beaux-parents. Durant mon incorporation vannetaise, ils avaient trouvé asile chez les religieuses de la Charité de Saint-Louis qui assuraient le fonctionnement de l’école Sainte-Anne à Auray où enseignait la cousine germaine de mon épouse, Mauricette Tristant. Elle laissait notre fils à la garde des bonnes sœurs et pouvait ainsi me visiter à Vannes. Nous apprîmes plus tard que notre fils avait manqué d’étouffer à la suite d’une indigestion due aux religieuses qui l’avaient gavé de far, de gâteau et friandises qu’elles avaient reçu en cadeau à l’occasion de la première communion solennelle de certains de leurs élèves. Il était tellement mignon qu’elles l’avaient pris en affection et compensaient peut-être ainsi une frustration de maternité en le bichonnant comme un petit coq en pâte.

Cantonnés à l’arsenal Lorient avec les autres mobilisés de ma classe, nous étions logés dans l’ancienne gendarmerie maritime, située dans l’enclos en face du bateau de Groix; ce grand bâtiment existe toujours. Notre tâche consistait à garder les prisonniers allemands à qui l’on faisait déblayer les ruines des immeubles et maisons anéantis par les bombardements. De belles pierres de taille finissaient ainsi dans le bassin à flot que l’on souhaitait combler. Je retrouvais prisonniers dans l’enclos de l’arsenal certains Allemands que j’avais connus à Groix. Juste retour des choses bien que tout ça apparaissait un peu irréel. Une anecdote me revient. Un jour, un de ces prisonniers me propose une belle alliance en or contre un peu de nourriture. J’accepte pour m’apercevoir quelques jours après que mon doigt verdit autour de l’anneau. Je m’étais fait avoir comme un bleu. C’était du cuivre qui avait été doré. Quand je voulus réprimander l’auteur de la grivèlerie, il n’était plus là, sans doute transféré sur un autre site de détention. Il savait bien sûr qu’il m’abusait en me refilant un faux bijou. Je me consolais en disant aussi qu’il avait pu ainsi rassasier quelque une faim tenaillante.

A la compagnie, nous n’étions que des inscrits maritimes, des gars que j’avais rencontrés à Vannes. Tous les soirs, permission ou pas, je prenais le bateau de Groix et je retournais à la maison où Mariange, qui se dévouait corps et âme notre jeune fils Lucien, avait retrouvé avec bonheur ses parents. Pour bien comprendre cette période et ce qui s’y passait, il faut se replacer dans le contexte. La Marine avait été reconstituée de bric et de broc, ne sachant pas trop ce qu’elle avait ou devait faire, faute de moyens, d’une part, et d’autre part, en raison de l’encadrement, en majeure partie constitué par d’anciens officiers mariniers, en général planqués pendant toute l’occupation et qui reprenaient du service alors que tout était terminé. Il est évident dans ces conditions que la discipline était très élastique.

Une fin d’après-midi d’un samedi de septembre, j’allais comme d’habitude prendre le bateau de Groix pour passer deux jours avec mon épouse et mon fils. Arrêté à la porte de l’arsenal par le capitaine d’armes, un premier maître de Port-Louis, je m’entendis refuser la sortie au prétexte que j’étais de garde. Je passai outre et pris le bateau. Surprise le lundi matin en rentrant où l’on m’annonce ma convocation devant le commandant, un officier des équipages à 4 galons, un certain Riou. C’était un brave homme, mais qui ne pouvait pas laisser passer l’incartade. Je fus condamné à 10 jours de prison. En fait de prison, il s’agissait d’une espèce de cave située au sous-sol du bâtiment où je retrouvai un copain lui aussi aux arrêts. Nous étions gardés par un autre copain. On n’était donc pas si mal lotis que ça.

Qu’est-ce qu’il nous prit ce soir-là ? L’insouciance, le sentiment d’injustice d’avoir été enfermés pour une bagatelle. Je n’en sais trop rien. Toujours est-il que nous avons réussi à convaincre notre copain gardien de nous laisser sortir. Nous avions même été tellement convaincants qu’il accepta de se joindre à nous. Il se délesta de son fusil, et nous partîmes tous les trois faire un tour en ville. Lorsqu’un de mes enfants, ou petits-enfants, lira ces lignes, il se posera la question de savoir ce qui me prenait d’agir ainsi. J’étais marié, père de famille, j’allais être démobilisé, j’étais heureux. J’avais trouvé un toit dans la grande maison du Bourg où mes beaux-parents avaient fait de leur bistrot et bureau de tabacs un havre de paix. La jeunesse, le manque de maturité, je n’en sais rien, l’époque peut-être, cet après-guerre où tout semblait si hors du temps, peuvent expliquer en partie cet acte d’indiscipline.

Nous sommes partis à Keryado, quartier de Lorient, avec pour objectif, une tournée de bistrots, bien sûr. Je n’aimais pas particulièrement boire, mais tout jeune homme de 20 ans sait ce que c’est, l’entraînement, l’ambiance, les effets de l’alcool, les joies de la bringue. On ne disait pas la piste en ce temps-là. Peut-être la java, mais je n’en suis pas sûr. La ribote, c’est certain. Nous nous sommes retrouvés assez éméchés dans un bistrot à Kerdual, petit village de Quéven, à la sortie de Lorient, sur la route qui longe la rivière du Scorff. Le lieu est connu de tous les Lorientais à cause de ses bistrots dont l’un s’était même fait plus tard une réputation béton en vendant du pâté qui soûle. Ce soir-là, il y a noce à Kerdual; le bal vient de s’ouvrir. Que se passe-t-il exactement? Une bagarre éclate au cours de laquelle des coups sont échangés, le comptoir est chaviré, un fût de cidre, qui se trouvait à l’intérieur, balancé dehors et roulé. A moi la marine! Nous nous sommes pris tous les trois à un parachutiste dont le béret rouge nous avait mis en colère. Il est blessé. Nous rentrons à la caserne à la fin de la nuit. Et dans notre ivresse, au lieu de regagner notre lieu de détention au sous-sol, nous montons au 3ème étage et, passablement excités et énervés, nous ne trouvons rien de mieux que de balancer lits et armoires par les fenêtres. Alcool quand tu nous tiens. Cela ne dura pas longtemps. Nous nous sommes retrouvés manu militari tous les trois à la cave d’où nous étions sortis quelques heures auparavant.

Le lendemain matin, nous sommes appelés au rapport bien sûr; dans la matinée, la patronne du bistrot de Kerdual vient se plaindre que nous lui avons volé de l’argent. C’est bien sûr faux mais c’est sa parole contre la nôtre. Et le lendemain on nous expédie tous les trois entre deux gendarmes à la prison maritime de Brest, la fameuse geôle de Pontaniou. Construite à l’époque de Napoléon, vers 1810, le haut bâtiment à étages de Pontaniou, au-dessus de la Penfeld, était un lieu de détention de sinistre mémoire avec ses portes en bois épaisses, bardées de traverses en fer forgé, avec ses fenêtres hérissées de barreaux serrés, ses cachots d’un côté des couloirs et les logements des gardiens de l’autre et son escalier métallique qui menait aux étages. La silhouette de l’immeuble avec ses hautes cheminées était familière aux Brestois qui ne se doutaient sans doute lors de l’occupation allemande des horreurs qui s’y commirent contre les résistants.

Ma condamnation me chagrinait à cause de Mariange et de Lucien, mais aussi m’avait aussi révolté lorsque l’on nous a annoncé que nous allions passer en conseil de guerre, le fameux falot. Bien que les hostilités soient finies, le tribunal maritime qui siégeait fonctionnait encore comme en temps de guerre. Je crois que nous avons attendu près de 3 mois avant d’être jugés. Le tribunal était composé de vieux officiers de marine, sortis de leur placard et qui avaient dû faire la guerre chez eux. Un seul représentait les Forces navales françaises libres. Mon dossier avait été si bien étudié qu’on m’avait confondu avec mon frère Maurice, fusilier marin engagé volontaire et tué à Flessingue comme je l’ai relaté dans le chapitre sur cette période de la guerre. Il régnait vraiment une belle pagaille en cet immédiat après-guerre où l’on continuait dans les villes et bourgs de France à régler ses comptes personnels en les passant au bilan des pertes et profits d’une collaboration à laquelle bien sûr personne n’avouait s’être livré. Si d’aucuns avaient cédé au chant des sirènes allemandes, c’est qu’ils y avaient été contraints. Et allons donc…

Mon avocat, nommé d’office, un officier de marine aussi, avait basé ma défense sur le fait que j’étais un héros de la guerre. C’était un qui propos invraisemblable qu’il me fallut moi-même rectifier. Je me rappelle m’être mis en colère, ce qui n’arrangea pas les choses. Je fus condamné à un an de prison, dont six mois avec sursis. Des circonstances atténuantes m’avaient été reconnues du fait que j’avais empêché mes deux camarades de s’acharner sur le parachutiste assez grièvement blessé. L’un d’eux voulait même le balancer dans la rivière du Scorff. Au final des courses, comme j’en avais fait trois mois au titre de la préventive, il me restait donc trois autres à accomplir. Je les fis à la cuisine de la prison maritime. C’est pendant cette détention que mourut le 10 novembre 1945 à Quiberon, chez son fils Louis, qui tenait une quincaillerie dans la rue de Port Maria, ma grand-mère Annette Cloarec, la Douarneniste exilée en terre morbihannaise. Je ne pus me rendre aux obsèques auxquels assistèrent ma mère, ma sœur Annie et mon frère Yvon. Ce fut un chagrin supplémentaire. Au mois d’avril 1946, alors que je purgeais toujours ma peine disparaissait aussi le chalutier Keroman commandé par Baron. On a toujours pensé que le bateau avait dû rencontrer une mine qui depuis la fin de la guerre errait encore au gré des flots. Ces rencontres étaient redoutées dans les deux ou trois années de l’après-guerre car le risque était réel.

Pour en revenir à ma condamnation, je ne vais pas m’étendre sur cet épisode pas trop glorieux de ma vie. Mariange vint plusieurs fois à Brest me voir. Elle était parfois accompagnée d’un membre de notre famille. Ce fut le cas de Mon jeune frère Yvon. Elle était là aussi pour m’accueillir le jour où je suis sorti. Mes beaux-parents eurent à mon égard une attitude vraiment compatissante et personne ne me fit de reproche. Lorsque j’y pense, avec du recul, je suis presque certain que si cette affaire s’était passée maintenant, nous aurions récolté tout au plus un mois de prison, et encore sûrement avec du sursis. Enfin, j’ai toujours eu conscience que je n’aurais jamais dû me mettre dans une situation pareille, même si au départ ma seule faute n’avait été que de sortir sans permission pour me rendre à Groix chez moi, afin de passer un peu de temps avec mon épouse et mon fils.

Ma peine achevée, je ne fus démobilisé que le 29 octobre 1946, après avoir passé une quinzaine de jours au dépôt des équipages de la flotte de Brest. Je suis revenu au bistrot Bureau de tabacs du Bourg. J’étais sans le sou ; heureusement mes beaux-parents, et mes parents aussi, bien qu’ils n’aient pas eu les mêmes moyens, étaient là pour nous aider. Au début de l’année 1947, je me souviens que 4 thoniers de Groix étaient en cours transformation, on les motorisait et on construisait sur leur pont une passerelle. Deux étaient presque prêts : le Louis le Joncour, patron Désiré Tonnerre, et le Charles Maurice, patron Théophile Tonnerre, dit Cahors. Deux autres étaient toujours sur le chantier : le Brise et Mesmin, le bateau de Colomban Tonnerre du Méné et l’Angélus du soir, le bateau de mon père. Celui-ci avait choisi les chantiers Bernard à Locmalo en Port-Louis pour ces travaux de transformation. C’est à la fin de la saison de pêche au thon de 1946, que mon frère Yvon avait effectué sur l’Angélus du soir, que mon père avait pris la décision de motoriser son dundee. La voile, qui avait déjà entamé son déclin aux lendemains de la 1ère guerre mondiale, était entrée en agonie. On n’avait plus construit de voiliers depuis le milieu de la décennie 30-40 et ce n’était pas la modification des dundees en pinasses motorisées et la construction de quelques unités neuves qui allaient pouvoir combler les vides laissés par les désarmements définitifs.

Il me fallait à nouveau naviguer pour assurer l’existence matérielle de mon jeune couple avec charge d’un tout jeune enfant. L’Angélus du soir étant arrêté pour travaux, je fis une marée au chalut sur la pinasse Ingénieur Jacques Bonsergent et mon père arma le canot de son voilier, comme il l’avait fait pendant la guerre, sous le nom de Louis Michel. Je fus inscrit sur ce rôle à la pêche côtière. Puis je trouvai une place de matelot pour la campagne thonière sur le dundee J.T. (portant le numéro 3608, le bateau avait été construit aux chantiers Tristan de Keroman en 1931). Depuis mon mariage, c’était mon premier embarquement au large. Mariange acheta avec mes premières paies les premiers meubles de notre ménage, et ce d’autant plus facilement que nous étions logés, et pour tout dire nourris, en vivant sur le compte de la communauté de ma belle famille au Bureau de Tabacs. Mon frère Yvon, lui, était embarqué sur le voilier de Laurent Salahun, copain de mon père, la Jeanne Laurent. Ma mère ainsi ne se trouvait pas complètement démuni pour nourrir sa maisonnée qui abritait encore ma sœur Annie et mes trois plus jeunes frères. Si mon père suivait de près les travaux de modification de son voilier à Port-Louis, il embarqua aussi pour une marée comme matelot lors de cet été 1947 sur la Jeanne Laurent. Mes parents devaient alors avoir besoin quand même d’argent frais. J’étais en mer lorsque naquit au Bourg mon 3ème fils le 2 septembre que l’on prénomma Maurice, comme son grand-père paternel et en souvenir de mon frère tué à Flessingue…

A la fin de la campagne de 1947, mon père qui connaissait bien Désiré Tonnerre, de la famille Tonnerre surnommée les Hachtéou, (les Hachtéou étaient aussi cousins germains avec mon beau-père Benoît Tonnerre), lui demanda de m’embarquer comme matelot sur le Louis Joncour qu’il commandait. Je n’avais fait le chalut que comme mousse et novice avec Charles Lanco, et quelques marées sur le Kermancy. J’avais tout à apprendre. Je fis quelques marées de remplacement sur le Louis Joncour et quelques autres sur le Charles Maurice et deux mois à la pêche côtière sur le Clément Marie à la fin 47 et au début 48. C’est à la mi-février que s’achevèrent les travaux sur l’Angélus du soir à Port-Louis. Comme le jour où le bateau devait sortir du chantier, il y avait un petit coefficient de marée, il fallut creuser une souille pour le mettre à l’eau. Mon père avait décidé de m’embarquer avec lui comme matelot.

Je fus inscrit sur le rôle à la fin des travaux de transformation comme matelot. Pendant l’armement, mon père tomba malade. Je ne sais plus ce qu’il contracta, mais son état de santé l’empêchait d’assurer le commandement de sa nouvelle pinasse. Mon père consulta ses co-armateurs. D’abord François Le Franc, marié à Anaïs Kersaho, cousine germaine du côté maternel de mon père, qui était capitaine dans l’armée de terre. Michel Goulletquer, qui avait épousé Thérèse Grognec, autre cousine germaine de mon père, était assureur à Versailles. Michel Goulletquer était né à Plomelin dans le Finistère. Il fut, avant la première guerre, mobilisé au fort Surville de Groix. C’est lors de ce séjour qu’il fit la connaissance de Thérèse qui habitait avec sa mère et ses sœurs à Kerohet. On ne peut pas dire que leur mariage, comme c’était souvent le cas lorsqu’une insulaire épousait un exogène, fut applaudi dans la famille groisillonne. Cheminot après son mariage à Pont-L’Abbé, Michel Goulletquer se reconvertit dans les assurances et alla vivre avec femmes et enfants dans la région parisienne.

Les Goulletquer habitaient alors dans la région parisienne (à Garches, je crois) et venaient régulièrement à Groix où vivaient encore les deux sœurs de Thérèse : au village de Kerohet, Anne Marie, mariée à Colomban Tonnerre du Méné, puis après la disparition en mer de celui-ci, à son frère Joseph et, au village du Stang, Séraphine, une vieille fille, un peu fofolle, qui demeurait dans la maison attachée au moulin du même nom. Ce moulin avait appartenu à leur grand-mère Marie Rose Kersaho, fille du meunier du Stang Pierre Kersaho, qui épousa Louis Marie Grognec, un marin de Locmaria. Les Goulletquer débarquaient aux vacances, celles de l’été mais aussi parfois à Noël et à Pâques, qu’ils passaient dans la maison de Kerohet dont Thérèse avait hérité après la mort de sa mère, Célina Gourong, en 1936. Mes parents entretinrent toujours des relations étroites avec les cousins Goulletquer et leurs enfants : Michel, prêtre, fut le parrain de ma sœur Annie et Pierre, le dernier des enfants, celui de mon frère Michel; nous fûmes tous invités, comme je vais le raconter un peu plus loin, au mariage de Jean et Maryvonne Orvoën; quant à France, la fille, elle profita de l’excellence de ce cousinage pour embarquer ma mère et ma sœur dans une affaire commerciale qui eut un petit relent d’arnaque.

Le 3ème co-armateur était l’usinier Orvoën, Joseph de son prénom, originaire de Moëlan-sur-mer, qui lui aussi fut mobilisé dans la surveillance côtière, mais cette fois pendant la guerre, au sémaphore de Nosterven à la pointe sud-est de l’île. C’est ainsi qu’il fit la connaissance de Jeanne Kersaho, fille de bouchère, qu’il épousa à la fin des hostilités. Son premier fils Nicolas naîtra à Groix trois semaines après le mariage de mes parents à Quiberon en novembre 1919. Je me dois ici de dire tout ce que notre famille doit à Joseph Orvoën. C’était un personnage aux rondeurs de bon bourgeois qui a réussi. Mais sous cette carapace d’entrepreneur aisé qui impressionnait le quidam, il y avait un homme, un vrai bonhomme, affable, respectable et respecté, qui s’était fait à la force de son caractère et du poignet et en ne ménageant jamais ses efforts. Après son mariage, il se lança dans le négoce du cidre. Mais très vite, il comprit tout l’intérêt de la conserverie de poisson dans une île qui, bien que saignée par l’hécatombe de la première guerre (177 tués et des centaines de blessés qui ne pourront plus jamais navigué ), vivait essentiellement de la pêche. Il créa donc en 1921 à la sortie du Bourg, sur la route de Munition sa propre conserverie, activité d’usinier qu’il complètera ensuite par une sardinerie à Brignonan. Premier adjoint au maire en 1939, il est aussi mobilisé. C’est dans le cadre de cette mobilisation dans l’industrie alimentaire en temps de guerre qu’il dirigea l’usine de Ponzange. Après la capitulation, il revient à Groix et assurera, en l’absence du maire Firmin Tristant, les fonctions de premier édile de la commune. Il fit beaucoup pour les habitants parmi lesquels de nombreuses femmes lui doivent d’avoir pu travailler et se faire ainsi une petite pension. Un an avant sa mort, survenue en 1962, une fête, avec un grand repas servi dans les locaux de l’usine, fut organisée à l’occasion du 60e anniversaire de la création de sa conserverie. La manifestation réunit tous les employés. Mon père travaillait alors à l’usine. Il fut avec ma mère invité aux réjouissances. J’étais à l’époque à Abidjan mais j’ai dans mes archives plusieurs photographies qui témoignent de cette journée de liesse que rapporta la presse locale.

Mon père, ayant obtenu l’accord de ses co-armateurs, me demanda de prendre le commandement de l’Angélus du soir. C’était le 15 mars 1948. Inutile de dire ma joie. Et ma fierté. A 25 ans, un premier commandement, ce n’est pas si mal. Je sais que cela ne fut pas du goût de tout l’équipage, en particulier du bosco Joseph Noël. Le chef mécanicien était Pierre Baron, le mari de Monique Métayer, une fille de Kerohet, née la même année que moi. Notre famille était très proche de celle de Jean et Bertha Métayer - peupé Jean et meumée Bertha comme on disait alors - et ma route a souvent croisé par la suite celle de leur fils Jean que j’ai eu le bonheur de fréquenter à Abidjan. A bord de l’Angélus du soir transformé, pour cette première marée, il y avait Ange Gouronc (dont j’ai déjà parlé lors de la sortie du bateau de la vasière du Blavet), Joseph Davigo, Maurice Le Dreff qui avait épousé Yvonne Néro de Kerohet, Joseph Lanco, le père de Ferdinand Lanco, Henri Billés (le père) et Paul Baron, dont c’était la première marée comme matelot.

Je crois que l’Angélus du soir fut prêt à la mi-mars. Quelques bateaux, dont le Louis Joncour, venaient de faire des pêches extraordinaires de gros merlans en baie de Liverpool. Il n’était pas question à l’époque de quotas et d’eaux territoriales. Le bon sens eût voulu que nous fassions deux ou trois jours de pêche dans le golfe de Gascogne afin d’essayer le matériel, tester le moteur, voir le nouveau comportement du bateau. Mais j’avais la jeunesse et la fougue de mes 25 ans. Et un diplôme de patron de pêche. Je décidai de faire route tout de suite dans la baie de Liverpool. Je me souviens que le Louis Joncour était en mer et que lors d’un contact radio, Désiré Tonnerre me dit : « Lucien, il faut essayer ton matériel avant ». Je n’en tins pas compte et 48 heures après nous mettions en pêche dans la baie de Liverpool au milieu d’autres pinasses et chalutiers français et anglais.

La cale fut remplie en 4 jours. Le plein de la cale de l’Angélus du soir, c’était 400 caisses, soit environ 18 tonnes. Je me souviens d’un coup de chalut de près de cent caisses de merlans. Il y avait aussi un peu de morues. Route sud, donc, cale pleine à ras bord. Et coup de tabac avant de rentrer en Manche. Nous avons dû relâcher à Newlyn, sur la côte nord de la pointe de Cornouaille (50°22N et 5°03 W), car le bateau était lourdement chargé et un paquet de mer nous avait arraché deux morceaux de pavois à l’avant bâbord. Après un jour et une nuit à Newlyn, le vent ayant molli, nous avons repris la route vers Groix. Vingt-quatre heures plus tard, nous étions à Port-Tudy. Bien sûr, j’étais heureux, satisfait, fier de ma première marée de patron. Mon père était toujours couché. Nous sommes rentrés, je me rappelle comme si c’était hier, au milieu d’une nuit de samedi à dimanche.

Avant cette époque, le poisson n’était pas en vente à prix libre mais fixe, entre un prix plancher et un prix plafond. Or le lundi, qui suivit notre arrivée à Port-Tudy, était le premier jour au port de pêche à Lorient où le poisson allait être mis en vente libre. A Groix, à l’époque, il y avait deux mareyeurs : mon cousin Claude Tonnerre et les frères Tonnerre. Je me suis arrangé avec eux pour avoir un prix convenable entre prix plancher et prix plafond. Et nous avons débarqué la pêche le dimanche. C’était déjà un évènement à Groix. Malheureusement, le lendemain à Keroman, premier jour de vente libre, les prix avaient grimpé très largement au-dessus du prix plafond. Après discussion avec Claude Tonnerre et Charles Tonnerre, ils consentirent à augmenter un peu le prix que nous avions convenu la veille mais bien sûr en deçà de ce que nous aurions pu obtenir à Keroman. La vente se monta à 400.000 francs. Bien sûr que c’était moi le responsable. J’eus le droit à une belle engueulade de mon père et des co-armateurs. Mais comment prévoir ce qui était arrivé?

C’est entre deux marées de patron sur l’Angélus du soir qu’eut lieu le 10 mai 1948 le mariage de Jean Goulletquer et de Maryvonne Orvoën, fils et fille des co-armateurs de notre bateau que j’ai présentés. Je m’arrangeai pour y assister. Toute notre famille y était : ma mère qui arborait encore fièrement sa coiffe du pays d’Auray, mon père, alerte malgré la cinquantaine dépassée, ma sœur Annie comme demoiselle d’honneur, mes frères Yvon, Loïc et Michel. Ce fut l’un des mariages les plus huppés de l’île en ces drôles d’années de l’après-guerre où tout était à reconstruire. Les trente glorieuses étaient devant nous et les époux appartenaient à la grande bourgeoisie insulaire qui allait en bénéficier royalement. Mariage en fanfare et grandes pompes où s’étaient donc retrouvés donc tous les membres de la phratrie krohétoise (les Goulletquer mais aussi les Tonnerre, les Gourong, les Grognec) et aussi tout ce que l’île comptait de notables et de commerçants installés : les Ménach, Georges Adam et Pierrot Baron, bouchers, mon oncle par alliance Pierre Tonnerre, son fils Claude, le mareyeur et chauffeur de taxi, un don juan, la seconde épouse de l’oncle Pierre, Suzanne Corvest, Annette Tonnerre, la fille de Joseph Tonnerre de Kerohet et de l’ételloise Marianne Corvec, Firmin Tristant, qui fut maire et député, Louise Faramin, la célèbre petite épicière, originaire de Lanester, qui avait été bonne de monsieur le recteur et Marguerite, son assistante qui lui servait de caissière, de cuisinière. Aux insulaires de la noce, étaient venus se joindre les Orvoën du continent, illustre famille de la région de Moëlan-sur-mer dont certains membres étaient aussi reconnus comme des notables influents. Enfin pour finir, de nombreux employés de la conserverie avaient été invités soit au mariage lui-même, comme la contremaîtresse Marie Le Berre, soit au lunch, qui suivit la messe. C’est dire que ce jour-là, il y avait grand tralala. On a même raconté que la tête du cortège, qui s’était formé dans la cour de l’usine, située à la sortie du Bourg, avait atteint l’église dont les cloches sonnaient à la volée, que la queue ne s’était pas encore mise en route. Vous dire qu’il y avait un monde fou ce jour-là à la sortie de la messe pour voir les toilettes des mariés, des demoiselles d’honneur et des invités n’a rien d’un euphémisme tant on se pressait, se bousculait, jouait du coude et du genou pour se glisser le plus près possible du grand portail.

Il avait été décidé, pour faire du genre, du chiqué pourri comme on dit dans l’île, que les couples constitués dans la vie devaient se défaire et se refaire avec d’autres cavaliers et cavalières pour l’évènement. Je refusai tout net cette proposition et demeurai au bras de mon épouse en robe longue en crêpe, légèrement plissée, et couverte d’une capeline à large bord où trônaient trois roses pastel en tissu. Sa beauté m’éblouissait. J’étais crâne, selon l’expression locale, d’elle et de mon fils Lucien lui aussi invité à cet évènement et que je découvre toujours avec un certain attendrissement en culotte courte sur une photographie prise à la sortie de la messe sur le parvis. Il tient la main de mon frère Michel, son oncle, avec qui il n’a que trois ans de différence d’âge. Ils ont été élevés comme deux frères.

Je fis donc 3 ou 4 marées comme patron de l’Angélus du Soir et mon père, guéri, embarqua avec moi. Comme matelot. Je gardais le commandement. Bien sûr, la cohabitation ne fut pas des plus exemplaires, je voulais commander et lui aussi. Son embarquement eut lieu, je m’en souviens très bien, pour la première marée de pêche au thon où, bien sûr, je le reconnais, il avait beaucoup plus d’expérience que moi. Je lui laissai donc sa place de patron et continuai comme matelot. Mon père m’avait annoncé qu’il partagerait une demi-part de patron avec moi. Cette offre généreuse ne suffit pas à détendre nos relations de travail et je débarquai à la fin août, remplacé par mon frère Yvon qui allait avoir 20 ans à l’époque. Je trouvai une place de matelot sur le Barbet, un chalutier sorti des ateliers Dubigeon de Nantes l’année avant pour le compte de l’armement Gauthier qui avait fait aussi construite le Charles Tellier; je fis deux ou trois marées au chalut avec le Barbet. En cette fin d’année 48, j’ignorais que ma vie était sur le point de basculer dans un univers que je ne quitterais désormais plus : celui de la grande bourlingue sur la plupart des mers du monde.

C’est en effet peu de temps après que j’eus mis sac à terre du Barbet que je reçois un coup de fil du cousin Michel Goulletquer, l’assureur et le père de Jean dont j’avais assisté au mariage au printemps. Il me demandait si une place de patron sur une pinasse à Madagascar m’intéressait. Une société malgache, la Rochefortaise de produits Alimentaires, filiale de Michelin, qui possédait 7 usines de transformation de viande à Madagascar et des troupeaux de milliers de bêtes, voulait se lancer dans la pêche. Michel Goulletquer était en contact avec cette société par l’intermédiaire du cabinet d’assurances qu’il dirigeait à Versailles.

Le bateau se nommait le Kiberoen, nom breton de la presqu’île natale de ma mère, cette terre de Quiberon qu’elle aimait tant évoquer. Mon fils Lucien m’a fait remarquer que ce bateau et ce nom n’étaient peut-être pas tout à fait étrangers à l’histoire de la famille de ma grand-mère douarneniste Annette Cloarec de Quiberon dont un frère s’était installé et avait souche à Arcachon. Or c’était là justement que le Kiberoen avait été construit. Pur hasard? Spéculation gratuite? Il s’est proposé de tirer l’affaire au clair. Affaire donc à suivre. Le Kiberoen était déjà en route pour Madagascar, commandé par un vieux capitaine au long cours qui n’assurait que le convoyage du navire. Il fallait un patron de pêche pour faire naviguer le bateau à son arrivée, chercher des lieux de pêche, former un équipage. Le bateau devait être basé à Tuléar dans le sud-ouest de Madagascar. En réalité, la base du Kiberoen se trouvait à Soalara, à 10 milles au sud de Tuléar où la Rochefortaise venait de construire une usine et des maisons d’habitation pour son personnel européen.

Le représentant de la Rochefortaise, un ingénieur des Arts et Métiers, monsieur Bermot, qui séjournait à cette époque-là en France, désirait me rencontrer dans l’hypothèse bien sûr où cette aventure était susceptible de retenir mon attention. Car c’en était une d’aventure. Le problème, qui se posait à moi en cette fin d’année 48, concernait Mariange qui n’était pas trop favorable à une telle entreprise. Notre second fils Maurice n’avait que 15 mois. Malgré les réticences de mon épouse, j’avais décidé de rencontrer ce Monsieur Bermot qui se déplaça spécialement à Lorient. Bien que je lui réservasse ma réponse, je me mis d’accord avec lui : le contrat était très bon, pêche ou pas pêche, le voyage et le logement assurés pour ma famille; il fut décidé que je partirai seul au début afin de voir comment cela se passait et de faire ensuite venir mon épouse et mes enfants.

L’entrevue avait eu lieu au début de l’année 1949 alors que tout le pays de Lorient, mais plus particulièrement le monde maritime, le port de pêche de Keroman et l’île de Groix étaient en émoi avec le drame du chalutier Robert Marie. Je ne m’étendrai pas sur cette tragédie qui est demeurée durant des années et reste encore aujourd’hui un souvenir douloureux pour de nombreuses familles. Je voudrais seulement rappeler que les accusations lancées par l’armateur du Robert Marie, Robert Lafitte, ne furent jamais prises au sérieux et qu’elles ne débouchèrent sur aucune inculpation. Robert Laffite, lorientais marié à une fille Raude de Groix, traitait le seul matelot survivant du naufrage de son chalutier de menteur. Ce dernier avait raconté que le chalutier à moteur de 74 tonneaux avait affronté une tempête qui s’était levée sur la côte sud de Bretagne dans la nuit du 30 au 31 décembre. Après une accalmie dans la journée, le mauvais temps reprit dès la tombée du jour.

Tout cela était attesté. Beaucoup de bateaux avaient d’ailleurs rompu leurs amarres dans plusieurs ports comme à Keroman ou au bassin à flots de Lorient… Mon père et mon frère Yvon étaient même descendus à Port-Tudy en pleine nuit, alors que la tempête avait atteint son paroxysme, pour ramasser le chalut de l’Angélus du soir qui avait été mis à sécher sur le quai. C’est au cours de cette furie de temps que, dans le sud-ouest de Penmarch, le Robert Marie sombra après avoir été démantelé sous d’énormes paquets de mer. Seul le matelot Robert Layec, 18 ans, fut sauvé par le chalutier Ducouédic commandé par Paul le Grel, beau-frère de la mercière du Bourg, Adolphine Baron. Cinq des marins, dont le patron, Pierre Raude, le chef mécanicien, Laurent Guéran, le mousse, Marcel Jégo, étaient de Groix. Qu’est-ce qui prit à Robert Laffitte, beau-frère du patron, de mettre en cause le récit du seul survivant qui avait expliqué que le naufrage n’était que la conséquence de ce que l’on nomme en langage maritime une fortune de mer. L’armateur contestait cette version et affirmait même publiquement, il le fit sur les ondes maritimes, que Robert Layec ne disait pas la vérité, en l’occurrence que son bateau, le Robert Marie, avait été abordé par le Ducouédic, et que les marins de ce dernier lui avaient demandé de taire la véritable cause du naufrage. Tous les experts avaient conclu au naufrage pur et simple. Comment, rapportait-on sur les quais, les 10 hommes du chalutier Ducouédic auraient-ils pu ensemble donner une version semblable sans à un moment donné se contredire. Les accusations de Robert Laffite n’étaient que des élucubrations destinées à pallier peut-être les déficiences de la sécurité de son navire et à toucher une substantielle prime d’assurance. En tout cas l’affaire faisait grand bruit qui s’étalait à travers la presse et finit même par attirer un journal national à sensation.

C’est dans ce contexte, particulièrement agité, que je suis parti, si mes souvenirs ne me trahissent pas, pour Madagascar, le 12 mars 1949. Vérification faite, il s’agit bien de cette date puisque je viens de retrouver dans mes archives une carte postale écrite ce jour-là depuis Rome, où je fis escale, à mon épouse qui était venue me conduire à Paris. Je ne peux m’empêcher de retranscrire ce que j’écrivis il y aura bientôt un demi-siècle de cela : « Rome - 12-4-49 - 13 heures. 1ère escale à Rome « ville éternelle ». Nous venons de finir de déjeuner et repartons à 13h30 pour le Caire où nous dormirons ce soir. Voyage splendide avec un temps magnifique. J’espère également que ton voyage retour s’est très bien passé. Tu vois qu’à la même heure j’ai fait plus de chemin que toi. Bons baisers aux petits et à la famille et surtout à toi. Bon courage. Lucien. »

Mon départ de Groix fut vraiment considéré comme une véritable aventure. Madagascar étant pour la plupart des gens de l’île (et pour moi aussi) le bout du monde. Enfin d’un autre monde. Bien sûr, des marins d’ici, avaient bourlingué, au long-cours, sur les grands voiliers, les cargos et les paquebots, sur les navires de l’état, du Cap Horn à la pointe de Tasmanie, des côtes du Labrador à la Mer de Chine mais rares étaient ceux qui posé sac à terre à l’un des trois autres coins de la terre, le quatrième étant pour nous gens de Groix notre île, centre de l’univers connu et inconnu. Ces marins avaient voyagé comme on dit. J’allais m’installer, pour je ne savais combien de temps, peut-être toute ma vie, dans une île qui était un continent à elle toute seule, une terre de nègres, une de ces lointaines colonies qui constituait alors l’empire français depuis la fin du XIXème siècle. L’aventure était d’autant plus singulière que Madagascar venait de connaître une période insurrectionnelle dont les tragédies s’étaient étalées dans les journaux. J’y reviendrai dans le chapitre suivant et je dirai aussi tout ce que cette île m’apporta dans ma vie.

L’avion que je pris à Orly n’était pas un jet mais un de ces vieux DC 3, ces avions Douglas américains issus de la guerre. Le voyage devait durer 3 jours. Ce baptême de l’air fut mémorable et demeure présent dans ma mémoire avec une très grande précision. J’étais en route pour mes Amériques à moi… Madagascar serait mon Pérou…

Mise en ligne le 1e août 2007
Prochain chapitre : Madagascar (1949-1951
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