Du sable plein les yeux

Les marchands de sable ne nous fermeront pas les yeux. Ils ne nous endormiront pas avec leurs discours et leurs propos lénifiants qui sont, on ne peut plus, fallacieux. Comme l’étaient ceux des pontes de l’EDF qui, voici 30 ans, voulaient nous faire croire que l’implantation d’une centrale nucléaire sur ce rivage immémorial d’Erdeven, menacé aujourd’hui par le projet des groupes Lafarge et Itlacimenti d’extraire sur 30 ans près de 20 millions de tonnes de sable, était indispensable.
L’histoire a démontré que ces affidés du « Tout nucléaire » avaient tort et que nous avions bien fait de brandir ces pancartes « Des nichons, pas de neutrons », clin d’œil à ces paisibles nudistes que des exaltés locaux essayaient de virer en les aspergeant de purin pour laisser place nette aux délirants ingénieurs nucléaires français. Nous n’avions pas plus besoin d’une centrale atomique à Erdeven qu’à Plogoff. Nous entendons démontrer que les sbires bétonneurs d’aujourd’hui ne nous spolieront pas en toute impunité d’une part inestimable de notre patrimoine naturel
Ce sable, celui de nos côtes et rivages, n’est pas celui de ceux qui ne craignent même pas de se mordre la queue lorsqu’ils fabriquent du béton destiné à bétonner un littoral qui ne cesse de reculer et risque, un jour ou l’autre, si nous n’y prenons garde, de s’effondrer purement et simplement; ce sable appartient, comme l’air que nous respirons, comme la mer qui nous vivifie, la terre qui nous nourrit, aux hommes et aux femmes de la planète entière. C’est un bien inaliénable de l’humanité qui ne saurait satisfaire des intérêts bassement économiques dont les conséquences sur l’environnement risquent d’être catastrophiques à court terme. C’est ce que nous disent les scientifiques honnêtes persuadés qu’une extraction aussi considérable modifiera le trait de côte, la nature des fonds, les ressources halieutiques, entrainant la disparition in facto des pêcheurs, professionnels comme plaisanciers, des ostréiculteurs, des touristes.
Les mercantis de ciment ne passeront pas qui voudraient bien nous mettre sur le sable en nous le volant alors qu’un simple citoyen ne peut en emporter un seul petit seau. Ils justifient leur larcin, avec le soutien d’un état dans lequel le vol relève de l’institution, en avançant les explications de scientifiques qui agissent pour le seul profit et au bénéfice de ce grand capital qui voudrait bien, en nous dérobant notre sable, nous mettre sur la paille. Mais la poutre de béton est bien visible dans l’œil de ces experts gagés et à la solde qui ne sont que de serviles technocrates dont ma meumée disait que, sachant de plus en plus de chose sur des sujets se rétrécissant de jour en jour, ils finissaient par tout savoir sur rien. Nous devons nous en souvenir afin que ce sable puisse s’écouler naturellement dans le sablier du temps et non servir à défigurer, par une urbanisation bétonnée à outrance, le visage millénaire de nos côtes.
Nous ne les laisserons pas faire. Ce n’est pas un, mais des milliers de grains de sable que nous sommes prêts à jeter dans leur machination macabre afin de la gripper à jamais. Nous ne laisserons pas abimer nos rêves de château de sable en Bretagne.
Ce n’est qu’un début, le combat continue.

Publié le 31 mars 2007

 

 
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