Dia(b)logues

Coups de coeur et coups de gueule

Il y a dans notre beau pays de France de moins en moins d’espace de libre expression. La plupart des blogs sont souvent des avatars et des parodies de communication, d’échanges, de démocratie. Je me propose de vous soumettre régulièrement dans un esprit de dialogue mes sentiments, mes émotions, mes réactions, mes haines, mes colères, mes joies, petites et grandes, mes abattements, mes élans. Si ces chroniques vous émeuvent, vous touchent, vous énervent, vous gênent, n’hésitez pas à me le faire savoir par l’intermédiaire de mon adresse électronique. Je vous promets de les publier si elles me paraissent présenter de l’intérêt. Un choix bien sûr mais comment pourrait-il en être autrement? Bien à vous.

Adieu curé, on t’aimait bien quand même

Je n’ai jamais eu de raisons à priori de trouver l’abbé Pierre antipathique. Bien au contraire. Son action en faveur des mal-logés et des exclus, ses prises de position bienveillante sur le préservatif et le mariage des prêtres, ses aveux sur ses pêchés de chair me le rendaient digne d’une estime éminente. Même son soutien aux idées révisionnistes de Garaudy ne m’avaient pas fait hurler avec les loups que j’attribuai à des égarements de sénilité naissante. Il fit preuve de courage et de clairvoyance en reconnaissant ses erreurs.
A l’heure où un tsunami de louanges, hommages, révérences pleut de tous bords, de tous crins et de tous poils sur la dépouille de l’homme qui se fit curé comme Dieu homme, je me demande, et le ferai encore longtemps, pourquoi il ne profita pas de sa renommée, son auréole, son prestige pour dénoncer l’hypocrisie des hommes politiques – vous me direz qu’ils ne le sont pas tous mais il y en a quand même un paquet- pour qui une bonne promesse ne présente d’intérêt que lorsqu’elle n’est jamais tenue.
Pourquoi n’a-t-il jamais souffler lors d’une de ses visites à l’Elysée à l’oreille du président qu’avec ses frais de bouche, ses billets d’avion pour des voyages et séjours d’agrément et de vacances, il y aurait eu de quoi à en loger des tas de pauvres bougres qui n’ont pas une tôle à se mettre sur la tête. Il aurait pu faire aussi remarquer à Mitterrand qu’il y avait quelque indécence à mettre le nez sous une serviette pour humer, avant de le dévorer, de pauvres ortolans qui n’avaient fait de mal à personne. Il aurait été avisé de suggérer à Giscard d’Estaing de refiler aux compagnons d’Emmaüs les fameux diamants au lieu d’aller les rendre au roi nègre sanguinaire qui les lui avait filer en cadeau.
On peut aimer l’abbé Pierre, le trouver sympathique, sincère, dévoué, généreux, humaniste sans pour autant se voiler la face. Il y a des hommes dont les révoltes ne semblent gêner en rien ceux et celles qui portent une part de responsabilité dans leurs causes. Gouvernants, dirigeants, responsables politiques s’en nourrissent même de ces coups de gueule généreux, désintéressés, qu’ils avouent comprendre, dont ils partagent même les raisons et qu’ils récupèrent par la condescendance, l’obséquiosité, l’hypocrisie.
Allez curé, on t’aimait bien , tu sais ; non, je ne ris pas, je ne pleure pas non plus, j’espère même que tu ne t’es pas foutu le doigt dans l’œil à croire qu’il était possible que les choses changent alors que ton Dieu a l’air de se complaire de leur médiocre immuabilité. Enfin si tu ne t’es pas trompé, là ou tu es arrivé, tu dois être content de voir que tout le monde est logé à la même enseigne sous le toit céleste de l’éternité. Et tu peux te dire que tous ceux qui n’ont trouvé place dans la communauté du Père sont quand même bien au chaud quelque part ailleurs…

Publié le 18 janvier 2007

Dilatez-vous la rate

L’arrivée de paquets de gâteaux au chocolat avec des galettes au mazout sur la côte dite rose (à cause de son granit et pas du tout pour ses ballets) de Bretagne m’a fait marrer, mais marrer, marrer à un point…Comment, il n’y a pas de quoi rire. Vous rigolez ou quoi!
Vous rendez-vous compte, des gâteaux au chocolat et des galettes en cette année de la gastronomie en Bretagne, mais c’est de la tranche de cake pour nos dieux et nos saints. Hermés et notre Saint-Jean-du-doigt doivent être particulièrement heureux d’avoir aussi hérité de flacons de parfums et d’eau de Cologne. J’en ris, jaune, mais j’en ris car si on ne saurait rire de tout, et surtout pas avec n’importe qui, il y a tellement de façons de rire, sous cape, aux larmes, en se tordant, en mourant, comme un fou, qu’on aurait tort de s’en priver. Rire n’est pas donné à tout le monde. C’est une affaire tellement sérieuse qu’il ne faut surtout pas laisser aux rigolos de service.
L’actualité ne semble parfois exister que pour qu’on en rie. Des preuves? Les marins à bord de leur bateau doivent-ils s’arrêter de fumer ? Un vacancier citadin me faisait remarquer, il y a quelques années et le plus sérieusement du monde, que les matelots bretons avaient la chance de travailler en plein air. Rigolez pas. Vous imaginez ces rudes gens de corde et de sac comme les nommait Corbière, polluer le bon air marin avec la fumée de clopes tirées sur le pont. Je me plie. A Aucaleuc, un capitaine d’une équipe de foot de 3e division a donné un coup de boule à l’arbitre. Le match a été suspendu. Imaginez la même conséquence après « Zidane, il a frappé », on ne perdait pas la coupe du monde. Je me tords. Dans le Morbihan, l’autre samedi, les gendarmes ont arrêté à la sortie du boîte avec 3 grammes d’alcool (non, pas dans les poches) un automobiliste qui venait de récupérer son permis retiré déjà pour la même raison. Le plus marrant, c’est qu’il y avait à bord quatre auto-stoppeurs. L’information ne disait rien sur leur état, mais je sais que moi je ne monte pas dans une bagnole où le conducteur est dans cet état. Comment ça ne se voit pas. Vous voulez rire ou quoi? Trois grammes. Laissez-moi me marrer à donf. Tant qu’il en est encore permis…
Et il n’y a pas que les faits divers pour se dilater la rate. La politique, par exemple, en ce moment, c’est tout pain béni. Tenez rien qu’au jeu des questions on peut se poiler à mort. Qui a dit que la France on l’aime ou on la quitte? Quel artiste français a mis en pratique cette injonction en partant se domicilier en Suisse d’où il demande la nationalité belge afin de pouvoir aller se dorer la pilule à Monaco? Qui promet tout un jour et le lendemain son contraire? Riez mais prenez garde qu’un jour proche un nouveau Bonaparte ou un successeur au général Boulanger ne vienne vous dire que rire est interdit à partir du moment où l’on rira de lui.

Publié le 18 février 2007

Du sable plein les yeux

Les marchands de sable ne nous fermeront pas les yeux. Ils ne nous endormiront pas avec leurs discours et leurs propos lénifiants qui sont, on ne peut plus, fallacieux. Comme l’étaient ceux des pontes de l’EDF qui, voici 30 ans, voulaient nous faire croire que l’implantation d’une centrale nucléaire sur ce rivage immémorial d’Erdeven, menacé aujourd’hui par le projet des groupes Lafarge et Itlacimenti d’extraire sur 30 ans près de 20 millions de tonnes de sable, était indispensable.
L’histoire a démontré que ces affidés du « Tout nucléaire » avaient tort et que nous avions bien fait de brandir ces pancartes « Des nichons, pas de neutrons », clin d’œil à ces paisibles nudistes que des exaltés locaux essayaient de virer en les aspergeant de purin pour laisser place nette aux délirants ingénieurs nucléaires français. Nous n’avions pas plus besoin d’une centrale atomique à Erdeven qu’à Plogoff. Nous entendons démontrer que les sbires bétonneurs d’aujourd’hui ne nous spolieront pas en toute impunité d’une part inestimable de notre patrimoine naturel
Ce sable, celui de nos côtes et rivages, n’est pas celui de ceux qui ne craignent même pas de se mordre la queue lorsqu’ils fabriquent du béton destiné à bétonner un littoral qui ne cesse de reculer et risque, un jour ou l’autre, si nous n’y prenons garde, de s’effondrer purement et simplement; ce sable appartient, comme l’air que nous respirons, comme la mer qui nous vivifie, la terre qui nous nourrit, aux hommes et aux femmes de la planète entière. C’est un bien inaliénable de l’humanité qui ne saurait satisfaire des intérêts bassement économiques dont les conséquences sur l’environnement risquent d’être catastrophiques à court terme. C’est ce que nous disent les scientifiques honnêtes persuadés qu’une extraction aussi considérable modifiera le trait de côte, la nature des fonds, les ressources halieutiques, entrainant la disparition in facto des pêcheurs, professionnels comme plaisanciers, des ostréiculteurs, des touristes.
Les mercantis de ciment ne passeront pas qui voudraient bien nous mettre sur le sable en nous le volant alors qu’un simple citoyen ne peut en emporter un seul petit seau. Ils justifient leur larcin, avec le soutien d’un état dans lequel le vol relève de l’institution, en avançant les explications de scientifiques qui agissent pour le seul profit et au bénéfice de ce grand capital qui voudrait bien, en nous dérobant notre sable, nous mettre sur la paille. Mais la poutre de béton est bien visible dans l’œil de ces experts gagés et à la solde qui ne sont que de serviles technocrates dont ma meumée disait que, sachant de plus en plus de chose sur des sujets se rétrécissant de jour en jour, ils finissaient par tout savoir sur rien. Nous devons nous en souvenir afin que ce sable puisse s’écouler naturellement dans le sablier du temps et non servir à défigurer, par une urbanisation bétonnée à outrance, le visage millénaire de nos côtes.
Nous ne les laisserons pas faire. Ce n’est pas un, mais des milliers de grains de sable que nous sommes prêts à jeter dans leur machination macabre afin de la gripper à jamais. Nous ne laisserons pas abimer nos rêves de château de sable en Bretagne.
Ce n’est qu’un début, le combat continue.

Publié le 31 mars 2007

L’étranger, cet étrange “autre”

Quelques jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, un journaliste d’une grande radio périphérique*, qui enquêtait sur le choix des électeurs, débarque dans une île de Bretagne. Je ne vous dis pas laquelle en vous laissant le plaisir de l’imaginer. Pour qui votez-vous? demande-t-il à deux marins retraités dont le réponse fuse péremptoire et fière : Le Pen, quoi! Et pourquoi? Parce qu’ici, y a trop de Parisiens… Ne riez pas…
Entendez sous le terme parisien, tout ce qui n’est pas insulaire bon teint, indigène pure laine, c’est-à-dire en un mot l’étranger, l’autre, l’inconnu, qui vient spolier, voler, enlever notre pain, nos femmes et nos enfants… Aux armes, ô citoyens… Quand on demande à ceux-là ce qu’est un vrai îlien, ils peinent d’autant plus à répondre que vous leur aurez fait remarquer auparavant que, depuis toujours des hommes et des femmes de la Grande terre d’en face, parmi lesquels se trouvaient peut-être un ou plusieurs de leurs aïeux, sont venus s’installer dans l’île, y ont vécu et y sont morts.
Et de citer pour exemple, cette jeune femme* de l’île qui, en costume traditionnel et en coiffe, le matin du 23 janvier 1917, sortit de l’église paroissiale au bras d’un bel homme* à la peau foncée, aux cheveux crêpés et aux traits négroïdes, drapé dans un costume militaire lui seyant à merveille et qui, devant la foule curieuse massée autour du parvis, souffle à l’oreille de sa nouvelle épouse : Tout ce monde pour moi! La jeune femme qui travaillait alors dans la grande ville du continent en face de l’île aurait pu choisir de s’y marier dans la discrétion. Mais elle préféra le faire chez elle, dans son île natale, au su et au vu de tous, bravant les commérages, le qu’en dira-t-on, les sous-entendus xénophobes, les relents d’un racisme, injustifiable à l’égard de cet homme venu d’une autre île, morceau aussi de la France, cette lointaine Guadeloupe, défendre le sol de cette patrie à qui il offrira sa vie en mourant pour elle des gaz. Ils s’aimaient. Leurs petits enfants aujourd’hui peuvent être fiers de voir inscrit sur le monument aux morts de l’île le nom de leur grand-père et se souvenir avec émotion de cette grand-mère qui avait compris que l’étranger est un autre, fait du même sang, avec un cœur tout semblable, cet autre que l’on a pas encore rencontré. Et qui peut devenir un jour un époux, un frère, un ami…

*il s’agit de RTL
*il s’agit de Emma Pessel née au village de Kerohet le 19 septembre 1892 qui épouse à Groix Elphège Gabriel Anne Rose, né à Pointe-à-Pitre le 29 avril 1887, soldat au 1er Régiment d’Artillerie Coloniale puis au 62e RI, mort à l’hôpital sanitaire de Vannes le 27 novembre 1919

Publié le 27 mai 2007

Y a pas que la baigne et le soleil

S’il n’y avait que la pluie, mais ça caille aussi. Quel été pourri! Mais que fait Sarkosy? Il pourrait quand même envoyé Cécilia auprès de qui vous savez. Ce serait injuste et intolérable, me confiait l’autre jour un juilletiste sur le retour, qu’il fasse beau en août. L’égalité, face aux vacances, ça devrait être assuré au même titre que l’égalité devant les soins, l’éducation, le logement. Il est grand temps de former les touristes et les autochtones - eux aussi sont frappés par les aléas du temps - à l’impermanence du beau temps avec stages et programmes d’adaptation aux étés pourris.
Le temps, on ne peut rien faire. Inutile donc de mêler sa voix avec celles des loups - qui ne sont pas de mer - pour crier : un temps dégueulasse, comme ça, moi je ne l’accepte pas. Il y a une vie d’estivant en dehors du soleil et de la baignade. Surtout en Bretagne. On peut par exemple profiter de l’humidité de l’air à certains moments de la journée pour rester à l’intérieur. Au bistrot par exemple. On y apprend plein de choses. Entre autre l’initiation au jeu d’aluette, dit jeu de vache, pratiqué encore dans certains estaminets portuaires. C’est un spectacle inouï où les joueurs se font des signes abracadabrantesques pour indiquer à leurs partenaires les cartes qu’ils ont en main. J’ai pratiqué autrefois à Groix, Houat, Quiberon, ce jeu, importé d’Espagne. C’est d’une poilade, qu’on y joue ou qu’on y assiste.
On peut aussi se lancer dans la sculpture de sable. Le sable mouillé est idéal pour la construction d’œuvres monumentales. Particulièrement de châteaux que l’on peut situer en Espagne où normalement il fait beau. C’est sympa aussi de participer à des jeux de piste. Actuellement en Bretagne, la mode est de partir à la découverte de champs d’OGM qui se cachent dans les endroits les plus sombres de la Province.
Il est aussi reposant de regarder tout simplement la pluie tomber. C’est nostalgique une pluie qui brouille la vitre d’une petite maison de location ou d’un camping-car. Surtout s’ils sont en bord de mer. La pluie mouillant la mer était pour mon inénarrable meumée Mariange le spectacle le plus apaisant qui soit. Enfin, un temps mouillé est propice pour faire en Bretagne du ski de fond. Vous enfilez une combinaison, masque, tuba, ceinture de plomb et skis nautiques. Vous vous laissez couler sur un fond sableux. Vous tenez fermement le harnais relié à une vedette en surface. Vous envoyez des bulles pour dire que vous êtes fin prêt. Et vous glissez sur le fond. Même s’il pleut là-haut, vous vous êtes à l’abri.
Rire est un excellent moyen de prendre des vacances loupées du bon côté. Et ne pas oublier qu’en Bretagne, s’il y a une chose que les indigènes ont parfaitement bien intégré, c’est bien la partition de l’année en deux saisons : la grande saison des petites pluies et la petite saison des grandes pluies. Entre les deux, l’été peut tomber un lundi de très bonne heure.

Publié le 26 juillet 2007

Vacances engagées

Les touristes qui viennent en vacances en Bretagne sont-ils plutôt de droite ou de gauche? J’utilise cette boutade en exorde tout simplement parce que j’ai entendu tout récemment sur une radio nationale une information sur le choix des Français en matière de destinations touristiques. Je ne sais si elle était liée aux vacances aux States de notre président, qui soi dit entre nous, ne les paye même pas, ses vacances.
Selon ce que j’ai capté au vol du transistor, n’importe qui ne passe pas ces vacances n’importe où. Voici quelques années, un couple de ma connaissance refusa de se rendre en Chine au seul prétexte que ce pays était communiste. Bien sûr, ils appartenaient tous deux à la bonne, vieille et conservatrice droite bien française. Je ne m’étonne donc pas que les adhérents et sympathisants UMP choisissent les USA beaucoup plus que ceux du Parti Socialiste, qui seraient plus attirés par l’Amérique du Sud tandis que les Centristes se rendraient plus volontiers dans les pays du nord : Suède, Danemark et Norvège. L’île de Ré ne serait pas plus à gauche que l’île de Groix qui pourtant rosit de plus en plus à chaque élection. Comme la Bretagne d’ailleurs. D’ici là que les gens de droite viennent à bouder notre péninsule, il y a un pas à ne pas franchir car n’oublions pas quand même que la Bretagne a donné à la France le président fondateur du FN, un Breton pur port, qui possède une modeste demeure de famille à La Trinité-sur-Mer.
Il fut un temps où les notables communistes de France allaient se reposer sur les rives marxistes de la Mer noire tandis que les professionnels de la révolution se rendaient à Cuba où ils fumaient de purs Cohiba et buvaient des rhums vieillis dans l’attente de la veille du grand jour. Ceux et celles qui aiment les nuits chaudes vont à Ibiza, les nuits branchées à Saint-Tropez qui n’est plus ce qu’elle a été. On sait que depuis que la bourgeoisie pratique les bains de mer à la fin du XIXème et au début du XXème en villégiaturant à Dinard, Le Pouliguen, Quiberon et Perros-Guirec que, même en vacances, il y a des tas de gens qui n’aiment pas mélanger leur serviette de bain avec les torchons de pique-niques sur la plage de prolétaires qui n’aiment rien tant que le camping à la bonne franquette. Mais, de gauche ou de droite, il y en a qu’indifférerait un lieu de vacances, s’ils avaient les moyens d’en prendre… Les pauvres ont peu de chance qu’un ami milliardaire vienne leur offrir un séjour aux frais de la princesse dans une maison à 22 000 euros la semaine.

Publié le 18 août 2007

Le bio, alimentation de riches

Alors que se tiennent un peu partout des foires du bio que certaines grandes surfaces proposent même des rayons bio, le slogan « Mangez des fruits et légumes, régulièrement, c’est bon pour la santé » est une provocation à l’égard de tous ceux et celles qui ne peuvent pas toujours s’en payer comme ils veulent. Car manger des légumes et des fruits, d’accord à condition qu’ils soient bons, c’est-à-dire juteux, sapides, parce que nourris seulement de terre, de soleil et d’eau. Mais, voilà, la plupart du temps, légumes et fruits sont bourrés de pesticides, d’engrais chimiques, de produits désherbants. Ah! ils ont belle gueule sur les étals, avec leurs allures propres, nettes, calibrées, standardisées, mais on sait que ce n’est pas l’habit qui fait le moine. Et que les produits bios, qui eux souvent ont des mines patibulaires, ne sont pas à portée de toutes les bourses.
Autrefois les pauvres mangeaient bio. Enfin quand ils avaient de quoi manger. Lorsque la nourriture était entièrement produite d’une façon naturelle, même les déchets et les détritus étaient bios. Doit-on regretter un âge d’or de l’alimentation saine ? Quel intérêt de manger bio aujourd’hui. Si j’essaie de manger au maximum bio, ce n’est pas par crainte d’une de ces vacheries de maladies qui cliniquement me feraient des trous dans le cerveau, mais tout simplement parce que c’est meilleur, nettement meilleur. Tout le monde devrait avoir le droit de manger bio. Comme pour la santé, l’éducation, l’alimentation devrait aussi être égalitaire. Mais les prix du bio s’envolent à la même vitesse que ceux de l’essence qui est indispensable à la production de la chimie nécessaire à l’agriculture productiviste. Aujourd’hui, le prolo peine à se payer du bio.
Pourtant le bio, normalement, ça devrait être moins cher puisque culture et élevage soucieux du respect de la nature ne nécessitent aucun ajout de produit. Mais les producteurs militants affirment que cette agriculture-là est gourmande en temps. L’écologie serait donc un souci de riche. On peut être écolo et ne pas avoir les moyens de se payer du bio. Le contraire est aussi vrai. Quantité de gens plus qu’aisés qui mangent bio n’ont rien à cirer de l’écolo. À l’heure où le bio s’infiltre partout, où pas un jour ne s’écoule sans que l’on parle de biodynamie, biodégradable, biomasse, bioénergie, et j’en passe, je rêve toujours du morceau de lard d’antan, avec un millimètre de couenne et pas un pet de maigre, un bout de lard bien gras, qu’à simplement regarder dans l’assiette, on prend un gramme de cholestérol. Bio, bien sûr. Oui, le cholestérol puisque ce lard-là l’était…

Publié le 18 octobre 2007

Le président et les Bretons

Notre président aurait-il un problème avec les Bretons? Ses sectateurs diront que non, ses détracteurs sûrement qui rappelleront les propos rapportés par Yasmina Reza alors qu’il visite le Cross de Plouarzel : Je me fous des Bretons. Je vais être au milieu de dix connards en train de regarder une carte. Comptait-il les dix connards parmi ceux qui l’accompagnaient ou plutôt chez les employés du centre qui se vouent avec zèle et exemplarité 24 heures sur 24 à la sécurité des marins?
Au Guilvinec, apostrophé par un marin sur son augmentation de salaire, je vous l’accorde d’une façon assez injurieuse, il répond en le tutoyant. De vous à moi, n’aurait-il pas été souhaitable d’initier notre président aux subtilités linguistiques de Bretagne, chez les Bigoudens, par exemple, où le vouvoiement est de rigueur - Per Jakez Hélias vouvoyait ses parents. Il ne manque pas de Bretons dans l’entourage de notre président pour l’entretenir de nos us, coutumes et particularismes et lui rappeler que notre poète Guillevic interpellant le marin breton écrivait : Il y a des milliers d’années que les menhirs te tiennent tête… Si en Français, le sens premier du vous est pluriel, il semble qu’au XIème siècle, il devienne, en remplacement du tu, dans certaines situations, expression du respect. Sire, si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le phénix….
Mais le marin, breton ou non, n’est pas laudateur qui a le tutoiement facile. Non par irrespect mais de nature. Qu’il en soit ainsi dans la plus haute sphère de l’état ne l’avait jamais été jusqu’alors. Il y a des expressions, du style « Tu l’as dit bouffi » qui ne supportent pas le vouvoiement. Alors qu’un manifestant au Guilvinec venait de lui dire qu’en Bretagne, à propos du soleil qu’il nous apportait, il ne pleut que sur les cons, le président rétorqua qu’il devait y pleuvoir souvent. Je connais beaucoup de Bretons qui lui auraient répondu sûrement, du tac au tac mais avec politesse : la pluie, monsieur le Président, ne nous gêne pas autant que ceux qui par exemple viennent nous rendre visite. Enfin tout va finir par s’arranger puisque, invité à venir tenir un conseil des ministres en Bretagne par notre président de région à nous, nous leur conseillons de le tenir à Lorient où on dit que lorsque ça sent le poisson de Keroman, il n’ va pas tarder à pleuvoir…

Publié le 30 décembre 2007

Vélo et tango

Vous ne pouvez pas savoir ce que j’ai aimé le vélo. Mais c’était dans une autre vie. Enfin en un autre temps. Quand les coureurs avaient le panache de ne croire qu’en leurs propres forces… Quand chacun sur son vélo luttait sur le même pied d’égalité avec les mêmes moyens. Quand Blondin parlait d’une étape en oubliant de donner le nom du vainqueur après s’être attardé sur les appellations viticoles que le peloton avait traversées ce jour-là… Quand les politiques ne s’étaient pas encore mis à utiliser le sport comme un moyen de communication… Quand tous les sports étaient propres… Quand ne régnait pas l’hypocrisie la plus éhontée… Quand les hommes vivaient leurs destinées jusqu’au bout de leur légende…
Il est des destins dont on aime à croire qu’ils se soient croisés. C’est dans une rue de Buenos Aires, à San Telmo ou Baracas, ou au vélodrome de Palermo, à la fin du XIX siècle, qu’un petit gars de 10 ans aurait pu admirer un jeune homme de huit ans plus vieux que lui qui, sur son drôle de vélocipède, déclenchait applaudissements et hourrahs. El Francesito, comme on surnomme le garçon, parle le même Français de naissance que le jeune cycliste baptisé El Breton par le public sportif de cette cité cosmopolite qui attire des légions d’émigrés d’Europe parmi lesquels on compte des milliers de Français. Nous ne savons pas précisément les raisons qui ont conduit en 1893 Berthe, la maman du Petit Français né à Toulouse deux ans plus tôt et, en 1888, Clément Mazan, réparateur en horlogerie à Plessé en Loire-Atlantique, le père du sportif, à l’exil argentin. La fille mère voulait-elle échapper à l’opprobre de sa faute et le commerçant breton espérait-il faire fortune ? Ni l’un ni l’autre ne s’enrichiront qui mourront en terre argentine sans que la fulgurante gloire de leurs fils, aux destins aussi tragiques l’un que l’autre, les eusse payés en retour de leur infortuné exil.
Carlos Gardel reste l’un des plus grands chanteurs de tango que le monde ait connu et Lucien Mazan, dit Petit-Breton, l’un des cyclistes les plus flamboyants qui remporta deux tours de France dont celui de 1908. Un siècle déjà. Et un tour qui a traversé Plessé où naquit ce Breton d’Argentine qui, sur son lourd biclou, crapahutait sur des routes caillouteuses, sous n’importe quel temps, de jour comme de nuit, la peau des fesses tannée par des étapes de 400 Kms. C’est à Pénestin dans le Morbihan où il vécut qu’il repose depuis sa mort tragique en voiture en arrière du front de l’Aube en 1917. Carlos Gardel, qui écrivit le tango Silencio à la mémoire des tués de la Grande guerre, disparut lui aussi tragiquement en 1935 dans un accident d’avion en Colombie. Il repose au cimetière de La Characita à Buenos Aires, cette ville où il avait peut-être encouragé Lucien Marzan quand ce dernier, aux heures du tango naissant, se préparait à devenir un grand champion cycliste en montant les côtes en danseuse. Comme une porteña folle de tango.
Si je vous parle aujourd’hui de ces deux destins hors du commun, c’est, comme l’a dit Audouard à propos de son copain Blondin, que le Tour à une époque fut un opéra dont Monsieur Jadis écrivait tous les jours la musique. Mais c’était jadis… C’est pourquoi malgré une campagne de pub organisée pour nous donner à croire que la Bretagne était fière d’accueillir pour ses trois premières étapes ce Tour de France-là, je ne me suis ni déplacé pour applaudir ces gus chargés de produits dopants ni assis devant mon poste de télé pour suivre la mascarade. L’actualité de ce jour-là qui annonce que l’on continue à se doper sur ce putain de Tour de France me réconforte dans cette attitude. Je ne m’intéresse plus au vélo. Du moins à ce vélo-là…

Mis en ligne le 12 juillet 2008

 

 
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